« Quels sont les enseignements durables de l’Executive Master in Change (EMC) pour vous ? » La question a fusé lors d’un dîner avec des anciens de ma promotion, durant le forum mondial des alumnis de l’INSEAD qui vient de se clore à Oslo.
Avec trois ans de recul, ma réponse est sans équivoque : ce Master m’a avant tout offert les clés de lecture de la psychanalyse appliquée au leadership.
Si le programme a enrichi mon approche métier et modifié ma pratique de consultante, son apport le plus crucial réside dans cette invitation à « devenir qui l’on est ». Loin des simples techniques de management, la psychodynamique des systèmes m’a appris que le changement collectif commence par une plongée dans l’intimité des mécanismes individuels.
L’EMC…
…a enrichi mes sources d’inspiration et mon approche métier.
Je n’aurais probablement jamais osé lire ce que les psychanalystes ont à dire sur le leadership et l’organisation, ni plus tard les neuroscientifiques. Je n’aurais pas le vocabulaire, ni la compréhension des concepts fondamentaux. L’EMC est une porte sur un nouveau monde. Cela m’évoque Dark Matter, de Blake Crouch, ce roman sur la réalité quantique où le protagoniste Jason Dessen se retrouve dans un couloir à ouvrir des portes sur des possibles – des vies qu’il n’a pas vécues – avant de retrouver la bonne, celle où il vit avec sa famille. J’ai pénétré dans un nouveau monde, accédé à un champ de connaissances, repoussé les limites de mon horizon.
…a modifié ma pratique professionnelle.
En tant que conseil spécialisé dans la conduite du changement, j’interviens essentiellement au niveau macro, celui de l’organisation. Dans le sillage de ma thèse sur le leadership, j’ai décidé de me former au coaching de dirigeants, en utilisant la même approche conceptuelle. Ce qui m’amène aujourd’hui à accompagner le changement à l’échelle individuelle : les transitions, les deuils et les nouveaux départs, les choix mieux assumés. Et cette intimité avec les mécanismes à l’œuvre chez les leaders et managers complète à merveille l’approche organisationnelle.
…m’a changée, moi.
Et c’est par là que commence le changement. Les directeurs de ce programme le savent bien. Ils s’appliquent à faire passer les étudiants dans la lessiveuse, avant de parler de leadership individuel puis d’impact sur le collectif. La théorie qui sous-tend ce programme est la psychodynamique des systèmes, c’est-à-dire la psychanalyse appliquée à l’organisation. En toute franchise, je ne savais pas pour quoi je signais lorsque j’ai présenté ma candidature. La surprise joue peut-être dans le bouleversement intime qui s’est opéré. J’ai découvert que se connaître prend des années, à condition d’y travailler. J’ai compris la phrase de Nietzsche : « deviens qui tu es ». Le cheminement n’a jamais cessé, mais il s’est certainement intensifié.
J’ai éprouvé la puissance d’un échange réellement authentique.
Sans « small talk », sans fard. Qui requiert d’aller directement à la vérité, parfois âpre, d’accepter de baisser les défenses et de faire l’impasse sur les petits mensonges dont on habille la réalité pour se rassurer ou se valoriser. Avec les anciens de ma promo, les conversations reprennent là où nous les avons laissées. Sincères, d’emblée. Intenses. La profondeur de la relation, la qualité de l’échange en sont complètement changées. C’est ce que j’installe dans mes coachings aussi.
L’adage dit que nous sommes qui nous fréquentons : c’est vrai. J’ai enrichi mon entourage des participants au programme, issus de tous les champs professionnels et géographiques, au contact desquels je me nourris.
Enfin, la psychanalyse m’a révélé ce que nous pressentons plus ou moins, mais choisissons souvent d’ignorer : les professionnels avec qui nous échangeons, croisons le fer, que nous critiquons ou promouvons, sont des personnes avec une histoire et un bagage parfois très lourds et dont on ne sait rien – parce qu’on n’accroche pas la survie sur sa poitrine comme une médaille. Des parents alcooliques, la mort qu’on a frôlée, des trahisons jamais digérées, un enfant qu’on a perdu, le poids d’une famille ou d’un héritage, le sentiment d’avoir été mal ou trop aimé, sont autant de traumatismes qui conditionnent le comportement, les réactions. Chacun a un parcours qui se retrouve dans le chef, le collègue ou le client, qui ne vous expliquera jamais la cause de son agressivité ou de ses insécurités.
Et nous n’avons pas besoin de savoir. Il suffit de se montrer un peu plus prudents face à l’inconnu. La Gestalt apprend à « suspendre le jugement » (ne pas juger hâtivement), le coaching à « ne pas blesser » (do no harm), la psychanalyse vous démontre que « there is more than meets the eye » : il y a beaucoup plus dans une personne que ce que l’on voit – voire, ce qui ne se voit pas est bien plus significatif. Cela nous incite à davantage d’humilité et de générosité vis-à-vis de nos semblables.
Et si l’intelligence dont nous avions cruellement besoin était plus relationnelle qu’artificielle ?
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